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Christophe Atabekian

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septembre 15e, 2018

07:34 pm: ÉCRIRE (SE) DIT-IL

Il s'était dit qu'à part le plaisir d'écrire, il n'y avait pas grand-chose à attendre de ce qu'il était convenu d'appeler "la vie". La "vraie vie", comme on l'entendait dire (et cela faisait rire). La vraie vie, s'était-il dit, pouffant à s'en étouffer en mangeant sa tartine. Mais appeler ça un plaisir était tout de même un peu fort, s'était-il dit. Écrire était essentiellement une chose horrible. Moins horrible bien sûr que tout le reste, s'était-il dit. Et tout ce reste n'était rien. Et écrire n'était rien. Mais c'était ce peu de chose qui restait, s'était-il dit, ce peu de chose qui demeurait quand il ne restait plus rien. Et il ne restait plus rien. Mais aussi, avait-il ajouté, in petto, on pouvait aussi bien dire qu'il n'y avait jamais rien eu. Jamais rien eu d'autre que la folle espérance. Le fol espoir de la jeunesse. Il y avait eu la jeunesse, s'était-il dit et la jeunesse était une chose horrible, avait-il ajouté. Mais la vieillesse n'était-elle pas plus horrible encore ? — s'était-il demandé. Cela restait à prouver, s'était-il dit. 

Et ce ruminant, il avait attaché son vélo et posé son sac. Il avait  un moment caressé l'idée de s'asseoir là, sous la canopée et de commander un café mais ses poches étant vides il était allé s'asseoir dans le hall du conservatoire.

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juillet 25e, 2018

10:33 pm: S'EMBALLER

Je me trouve entouré de différents équipements collectifs. En face de mes fenêtres, se succèdent, en quinconces, une clinique, une maison de retraite et une résidence étudiante. La nuit, une femme tousse. Du moins il me semble, à la tessiture de la toux, que c'est une femme,  mais il s'agit peut-être d'un homme au timbre aigu ? 

On tousse, donc, toutes les nuits. C'est un fait. Quelqu'un se meurt longuement d'une quinte de toux infinie, juste en face, à quelques mètres, chaque nuit.

C'est la nuit que l'on entend tousser. Effet de la position allongée qui favorise le reflux de sucs gastriques dans l'œsophage ? Possible, mais je ne pense pas aux remontées acides: je pense à la mort. Je pense que quelqu'un meurt là bas, en face. Je pense que beaucoup de gens meurent là bas en face et moi aussi, je meurs, quoique plus lentement. Je pense que le temps file entre mes doigts, tandis que je ne fais rien contre. Et que devrais-je faire ? Mais travailler, aurait dit Andy Warhol. Bon sang, oui, c'est évident. Travailler. Rien d'autre à faire. Si. Quoi ? Rien. Ah oui, mais non. Mais si. Ah.

Cette présence de la mort est elle pour quelque-chose dans le fait qu'il m'est de plus en plus long, chaque matin, d'organiser le sourire du jour ?

Je crois que c'est aussi dû à la pauvreté des propos, à la rareté des échanges, à l'idiotie ambiante. J'allume la radio et c'est tellement idiot ce que j'entends que j'éteins aussitôt. Je refuse de haïr. Je refuse d'être contre. Il y a déjà tant de poids mort. Tant de gens qui se plaignent. Tant de soupirs inutiles, de vains râles. Ce qui est trop idiot ne mérite pas d'être écouté. On n'a pas tant de temps à perdre puisque l'on meurt. On meurt en face, pour me le rappeler. 

Parfois, une voix s'élève, souveraine. Mais rarement l'été.

L'été, l'idiotie règne dans les rédactions et sur les plateaux. Une idiotie lourde, que la chaleur n'arrange pas. Je vois que je progresse au fait que ce ne sont plus les adjectifs que je retire mais les adverbes. Les adjectifs, il n'y en a plus qu'un ou deux de loin en loin.

Alors, oui, c'est plus long de sourire, plus long de sortir du lit, plus long de faire des abdos, quelques mouvements, de prendre une douche. Plus long d'être en vie, en train, en souplesse, en agilité, en réponse du vent, en prise avec la lumière, en vibration.

Heureusement, R. m'a inoculé l' habitude matinale du jus de pommes-carottes-gingembre-curcuma extrait à vif et bu sur le champ. Il faut ensuite laver l'extracteur et cela procure un moment zen. Ce matin, on avait même ajouté un peu de fenouil.

Il faut dire qu'avant on avait regardé un autre épisode des Soprano entre sept et huit heures parce que celui d'hier soir était décidément trop triste. On ne peut pas commencer une journée en tristesse. Et puis c'était encore une belle journée roborative. Nous avions bien mangé et bu la veille, avec bro aux Bancs Publics

Les Bancs Publics, c'est devenu ma cantine, avec le chantier qui est juste à côté. J'y avais déjeuné avec D. et nous avions été rejoints par G. Avec force rosé. Maintenant, deux semaines sans une goutte d'alcool, me suis-je dit. Et c'était ma première journée. Et c'était frais.

Éditions des voix de B., enregistrées lundi, des plans du studio, revus hier, sur place, en réunion de coordination. Passage aux impôts pour régler une vieille taxe d'habitation. Deux courses et hop. La fibre est HS mais j'ai de la 4G. Tout va bien.

Il faudrait repasser des chemises.



juillet 15e, 2018

10:02 pm: VINGT ANS APRÈS





C'était en 1998, au Crestet, chez les S.
M. avait préparé des spare ribs et la télé avait été installée dans le jardin.
On avait regardé le match au milieu des grillons, dans la chaleur d'un soir d'été vauclusien.
France-Brésil, c'était.
Trois zéro.
Et puis tout de suite, la campagne avait été comme soulevée par les cris, les klaxons, les clameurs.
La terre avait tremblé.

Aujourd'hui, ça recommençait.
A Paris cette fois.
France-Croatie.
Quatre deux.

Et puis le vacarme, les cris, la joie.
Et l'on était bien content.
Il fallait être bien méchant pour ne pas être content à la vue de tous ces gens contents.
Et puis, ils étaient si sympathiques ces joueurs, cette équipe, ce président, ces roulages de pelle dans la boue, dans la pluie d'or et Poutine sous bottox à mort et la présidente Croate choupinette.

Ils étaient énormément sympathiques tous et il y avait de l'amour.
De la candeur.
De l'amour, de l'humilité, de la gentillesse, de la générosité.
Ca emportait le morceau.

En même temps, comme disait l'autre, ça commençait à faire du bruit tout ça et l'on n'était pas fâché, une fois un hamburger vite avalé, de rentrer dans un Pré si Saint Gervais qu'il y régnait un silence pascal.

Et l'on se disait que c'était bien la victoire, une fois tous les vingt ans, très bien, mais pas trop souvent non plus, parce que ça cassait un peu les oreilles aussi.

Mais ils étaient vraiment beaux et sympathiques, oui.

On se disait, on est en vie, c'est bien.
On se disait, demain les gens feront moins la gueule que d'habitude et c'est toujours ça de pris.
On se disait, je me disais, demain, je reprends.

Demain, je reprends.
Il y avait eu cette interruption, ces cinq jours ailleurs, avec R., en Normandie.
Puis deux jours de mixage au retour, entre feux d'artifices et victoire de la coupe du Monde.

C'était un bel été qui commençait.

C. me manque.
Elle rentre bientôt de colonie de vacances.

Demain, je reprends.
Chantier etc.
Demain.



juin 24e, 2018

08:10 pm: LES AMÉRICAINS





Aujourd'hui avait été jour de grand nettoyage à la maison. Vaisselle, aspirateur, lessivage des sols, rangements, repassage. Je vois qu'il me faut des espaces de rangement supplémentaires pour la cuisine, des plaques à induction, consolider le support de l'évier, changer la robinetterie de la salle-de-bains, changer le flexible des toilettes, qui fuit, équiper le salon d'un meuble à tiroirs et à étagères pour livres, documents et objets, faire l'acquisition d'un écran pour regarder des films sans se tordre le cou, louer un perforateur béton pour installer les étagères des toilettes, etc.
J'attendais pour ce faire que les chantiers de l'été s'avèrent et ils s'avèrent et je vais donc pouvoir investir.

Joie, allégresse, actions de grâce.

En ce moment, avec R., on regarde (pour moi c'est une re-vision) Les Soprano depuis la saison 1. Vu notre rythme, on en a pour un bon moment, parce que l'on tend à s'endormir devant si d'aventure on les regarde le soir. C'est aussi parce qu'on les regarde sur le petit écran du Macbook et qu'il faut donc être couché sur le côté pour éviter de se rompre les cervicales. C'est toujours aussi bien, les Soprano, même si je n'ai pas la surprise de la découverte.

Hier nous étions allés, en compagnie de C., pique-niquer aux Buttes-Chaumont et il y avait ce jeu, Buddha, apporté par R., qui consiste à tracer des formes avec de l'eau sur un panneau, qui redevient blanc en séchant au soleil. On avait joué aux cartes mais les cartes s'envolaient avec le vent. Le rhume des foins ne me quitte pas. Ensuite, nous étions allés à la piscine, mais R. en avait été privée en raison d'une panne de la machine à distribuer les maillots.
On s'était retrouvés ensuite à la maison pour un tournoi de Yams en mangeant de la pastèque.
On avait bu de la bière belge, rapportée de Bruxelles par R., pendant que C. s'était empiffrée de cerises. On l'avait déposée à Rambuteau avant de partir à pied à la recherche d'une terrasse hospitalière au soleil. Nos pas aléatoires nous avaient menés à celle du Plomb du Cantal, à Strasbourg Saint-Denis, où nous avions commandé un 25 cl de Gerwurzstraminer - ce qui n'est pas normalement autorisé "en limonade" mais nous fut exceptionnellement accordé après que nous eussions fait état de notre intention de déguster une saucisse fraîche-aligot ensuite, ce que nous fîmes. Avant cela, nous avions croisé tout à fait par hasard N., avec qui nous avions discuté jusqu'au coucher du soleil.
Après le dîner, solidement lestés, nous avions fait quelques pas jusqu'à la station Jacques Bonsergent où nous avions attrapé la 5, direction Hoche, puis maison.
Puis Soprano, etc.

C'était une semaine roborative, dont une bonne part consacrée au mixage du film de M.D., à l'organisation des chantiers à venir, à la recherche de thèmes musicaux pour le projet Data et à mille autres petites et grandes choses. Je n'avais pas eu le temps de faire les courses, pas le temps d'aller faire du sport, à peine eu le temps de faire mon lit.

C'est agréable de prendre le temps de ranger.

C'était une bonne journée et un vrai dimanche.
J'attends R. et je vais peut-être déboucher une bouteille de Rasteau en préparant la cuisine.

Je me disais qu'il n'était pas utile de commenter. Qu'il fallait simplement décrire.
Décrire simplement. D'un trait. On comprenait.
Il n'y avait rien à comprendre.

Au cours de la conversation - je le note comme ça au cas où je sois amené à l'oublier - j'avais fait part à N. de ma théorie selon laquelle la seule solution pour sortir de la guerre des très riches contre le reste du Monde, inévitable en raison de la concentration des capitaux et de l'impossibilité d'une fiscalité mondiale taxant les échanges financiers, était d'abolir les héritages au-dessus d'une somme que j'évalue à peu près à quelques dizaines de millions de dollars, peut-être deux ou trois-cents, allez. Mais il fallait que cette décision soit prise par les super-riches, évidemment. Il fallait une prise de conscience.


Ah oui, et aussi j'avais commencé à regarder la cinquième saison de "The Americans", la septième de "The Walking Dead", la deuxième de "Luke Cage" et j'avais de plus en plus de mal à m'intéresser à l'Amérique. L'Amérique avait beaucoup perdu de son talent de raconter des histoires. Beaucoup perdu de sa fraîcheur, de sa foi, de sa vigueur. Depuis les Soprano, il y avait eu une perte manifeste. Pour commencer, il n'y avait plus de personnages, plus d'humanité, simplement des fonctions et des types. Il fallait que l'Amérique se réveille, me disais-je. Ou que quelque chose d'autre que l'Amérique s'éveille, me disais-je encore. Mais quoi, me demandais-je ? Qui ? Où ?



juin 7e, 2018

11:02 pm: SOYONS SIMPLES





Je ne veux pas croire que nous soyons déjà le 7 juin et c'est pourtant la triste réalité.
Le temps file comme s'il était avalé par une broyeuse géante.
Ca en fait de la poussière.
Des nuages de poussière rouge. De poussière de temps.
Et on en bouffe de la poussière.
La nuit, le jour.
On est rouges de poussière.
Rouges les bouches, rouges les yeux, les mains, les corps.
On tousse du rouge de la poussière de temps.
Et on mouche et on tousse.
C'est l'allergie. C'est le rhume des foins.
Ce matin, le métro coinçait un peu. C'était juste-juste pour l'école et un peu la cohue.
Maintenant, on sait faire: on se jette sur le wagon de queue à Porte des Lilas et on investit le couloir.
Résurgence, rémanence.
Ensuite, un café avec R. près des Halles, dans le soleil du matin. Puis on vaque.
Montreuil. Rendez-vous mastering avec G., très sympa. On papote tout en faisant des réglages.
A. se pointe. Il est bientôt 13h. L'heure de partir, pour repasser au Pré, déjeuner d'un reste de tomates, d'un avocat, de pousses d'Alfa-alfa et d'une boîte de sardines à l'huile.
Téléphone, mails, réservation d'une carotteuse à béton, réglages divers, prises de rendez-vous, organisation, administration, puis il est temps de repartir, attraper la 5 à Hoche, direction Breguet-Sabin. Passage chez les B. pour Kant et manutention informatique.
Puis, un peu de refonte d'article en terrasse aux Halles.
Audition de piano de C.
Côtes d'agneau et crozets chez Y.
Quelques parties de rami et de Loto puis back home.
Sur le chemin, des tentes dans les talus du périph.
Des familles font des feux de camp.
C'était une bonne journée.
J'écoute E.M. en direct du Canada tout en vidant la machine et en accrochant le linge.
Demain, poursuite du mastering. Samedi, c'est C. et dimanche fin du mix M.
Ca roule.



juin 3e, 2018

06:14 pm: SUSPENSION DU JUGEMENT





Vite, vite, avant d'aller retrouver R. à la Porte de Pantin, d'aller boire des bières dans le parc en lisant des livres, se dire des choses stupides et graves, belles et légères, profiter du soleil, de la chaleur, de l'été, du rhume des foins.

À l'instant, je termine l'article sur HSS que j'expédie à R.B. pour qu'il le trouve trop long et m'y indique les coupes. Les miennes sont faites. Dès que je m'ennuie, je coupe. Ce que j'ai laissé, c'est que ça m'intéresse, même si mal dit, mal vu.

C. m'a rapporté de vieux numéros de Strange et de Métal Hurlant qui dormaient chez mon père.
J'avais pensé les revendre sur le Bon Coin, mais je préfère les laisser dans les toilettes pour que les invités aient des choses à lire et puis parce que c'est toute ma haute enfance et mon adolescence, là.

Suspendre le jugement, disait-il et il avait raison.
Et il était vrai que ce n'était pas là chose facile.
Fallait supporter de se la fermer.
Supporter le flottement, le malentendu, le malaise.
Supporter le questionnement, l'attente.

Bon, une bière. Des bières.
Ca aide.

Le virement de C. est parti. Je vais pouvoir lancer la commande d'un speaker central et reconnaître mes dettes.

J'étais allé à la gym, après avoir déposé C. à la danse.
Nous avions papoté avec E. et S. et je n'avais pas suspendu mon jugement.
J'aurais mieux fait de me la fermer et de me contenter de poser des questions.
Comme c'est difficile d'être patient.

J'était passé rue de Seine, faire l'espion.
J'étais rentré en omettant Gibert.
Et du coup, pas de Critique de la Faculté de Juger.
Castagnettes.

Bon, des bières!



juin 2e, 2018

05:11 pm: L'ÉTÉ DE MON CONTENTEMENT





Je me dis quoi qu'il en soit, je me dis peu importe, je me dis quoi qu'on dit, quoi qu'on dise, il faut écrire. Il faut écrire et puis voilà.
Sans se soucier d'autre chose, me dis-je.
C'est déjà suffisamment compliqué comme ça.
C'est comme la gym, m'étais-je dit. C'est toujours difficile au début. Difficile, ingrat, lourd.
Il faut passer ce premier souffle.
Continuer, ne pas se laisser happer par l'attrait du vide, la pensée du résultat, le vertige du jugement.
Persévérer. Que dis-je, mersévérer aussi bien.
Mon devenir-Thanos, me dis-je, taquin, pour rire.
Mais on obtient, à la longue, à l'endurance, des résultats.

Et vient le moment où l'on décale des blocs de textes, où l'on supprime ceux que l'on avait laissé là un peu pour essayer, un peu en attente d'autre chose. D'autre chose qui était venu ailleurs.
Une pensée qui devait s'incarner ici s'était incarnée autrement, sans qu'on s'en soit aperçu d'abord et c'était très bien. Ce sera très bien. C'est très bien.

Que la main se contente de suivre, de précéder.
Que l'œil s'y jette de temps en temps, pour lire, pour rire.
Et l'on pourrait très bien raconter une histoire, des histoires.

Ce serait bien, des histoires, m'étais-je dit.

Cette nuit, j'avais torturé un homme dans mon sommeil et je n'étais pas fier.
D'abord, on lui avait coupé la tête.
Je dis "on" parce qu'on était deux.
On s'était occupé de la tête.
Il y avait un trou à l'oesophage par où j'envoyais de l'eau au moyen d'un tuyau d'arrosage.
Et des abeilles entraient par ce trou.
La tête, elle, parlait. Ne paraissait pas souffrir de nos mauvais traitements.
Elle toussait un peu.
La voix était altérée.
J'avais honte.
De savoir qu'il s'agissait d'un salaud n'était d'aucun secours car j'étais pire que lui avec mon tuyau d'arrosage.
Qui était il ?
Que disait il ?

Je crois qu'il se formait beaucoup à partir de Donald Trump dont je me sens coupable de désirer la mort à chaque instant. C'est terrible de désirer la mort de quelqu'un, fut-il une ordure. Et il est un fait notoire que Donald trump est une ordure objective. Mais de là à en souhaiter la mort, me dis-je.
Ah…

Mais je n'avais pas fait que torturer, j'avais dormi aussi.
D'un sommeil paisible et rempli de joie à la re-vision (pour la vingtième fois) de Ordet de Carl T. Dreyer. Et qui n'a pas vu Ordet n'a pas encore vu un film de cinéma me dis-je.

On avait mangé un petit dahl dans un restaurant pakistanais de la rue du Faubourg Saint Denis, puis on était rentrés à Aubervilliers avec R. et on s'était mis à regarder Ordet, plus exactement nous avions terminé de regarder Ordet, commencé il y a quelque temps. Et le chat était venu regarder le film avec nous. Vraiment regarder, avec attention.

Ordet, un film qui capte même l'attention des chats.

Et puis ce matin il avait fallu partir pas trop tard pour récupérer C., manger du saumon cru pas trop loin, acheter des cadeaux d'anniversaire pour la copine L., passer au Pré, faire un shampoing anti-pelliculaire, un soin de verrues plantaires, regarder des débilités.

J'ai dit: "je te laisse trois ans de débilités et on commence à regarder des trucs intelligents". En ce moment c'est 80% débilités et 20% trucs intelligents, à douze ans on commence à inverser la statistique. Elle avait ri, mais elle sait que je suis sérieux. Parce que les licornes et les princesses ça va un temps…

Et puis on était repartis. Tram. Métro. Rambuteau. Parc Anne Franck. Anniversaire. Bistrot. Ecriture. Et bientôt…



mai 17e, 2018

10:32 am: POURRI DE CHIC





Avec C., après un hot dog et un yoghourt glacé en guise de goûter, nous nous étions mis en tête d'essayer la piscine, qui cumule les avantages d'être bon marché, située à moins de cent mètres de la maison, peu fréquentée, spacieuse, bien équipée et animée par une équipe conviviale.
Après une heure, je parviens à extraire C. de l'eau.
Dure lutte.
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons au Monoprix.

Comme on se le représente, il nous fut impossible de résister à ces magnifiques couverts irisés.
Couverts de rois et de reine, constate C., et assortis à son hand-spinner.
C'était Asgard au Pré Saint-Gervais.
C'était Mjolnir dans nos assiettes.
Les petits plats dans les grands.

Pour fêter ça, côtes d'agneau et riz complet.
On regarde l'O.M. en déroute en première mi-temps, d'un œil distrait.

C., vaincue par le sommeil, rejoint sa mezzanine de repos à vingt et une heure trente, me laissant à la contemplation des petits Mickeys filmés de Marvel (d'où les références celtiques sus-mentionnées puisqu'en l'espèce il s'agissait de Ragnarok).

Ce matin, C. se lève tôt et parvient à récupérer son iPod sans me réveiller, ce qui constitue une première.
Il paraît que je ronfle.
J'en suis bien marri.
Tonte de barbe, coupe d'ongles, pressage de carottes, de pommes, de gingembre et de curcuma.
L'extracteur fait trop de bruit, me dis-je.
Il me faut un meilleur extracteur, me dis-je.
Café, pain complet grillé, pecorino et beurre salé.
Il est temps de partir pour l'école.

Pour une fois, on n'est presque pas en retard.
Il fait froid.
On met nos cagoules.

J'arrive au studio vers 9h30.
Café, téléchargements, coups de fils, lecture.
Il est temps de s'y mettre.



mai 16e, 2018

09:49 pm: QUAND T'ES AU BOUT DU ROULEAU





La semaine passée s'est consumée en insomnies, avec les oasis de la présence de R., une sorte de farniente anxiogène et doux, de catastrophe suave, de déroute hédoniste.

Pas un nuage de poussière.
Et la perspective d'un découvert infini…

Il n'y avait rien d'autre, au bout de l'horizon d'attente, qu'un magnifique coucher de soleil.
Et l'on s'était laissé griller.
Rouges vifs, tels des homards, et passés au beurre de karité d'origine non contrôlée.
C'était une belle balade.
Pantin, le canal, la voie.
Les nouvelles constructions, les échoppes, les ateliers, les p'tits bistrots déjà.
On découvre des lieux.
L'Est Parisien, le Grand Paris, c'est là que ça s'invente sous nos yeux.

Plus tard, un autre jour, j'étais passé voir G. dans son studio qui n'est qu'à dix minutes à pied de chez moi. Et l'on était aller boire un verre dans un endroit incroyable. La brasserie Gallia à Pantin, vous connaissez ? Ambiance Mad Max bobo avec des enfants, des bo-buns et des I.P.A.

J'avais écrit à l'école pour rempiler ASAP.
Il me fallait un fixe, comme aurait dit un junkie.

Et puis le travail revient et tout ça est oublié.
Et bientôt l'on se plaindra d'être débordé.
Ainsi va la vie.

Mais il faut écrire davantage. Il faut.
Pour ce soir, on fera court.
C. doit aller se coucher et ce n'est pas un sprint.

C'est une lame de fond.



mai 2e, 2018

03:26 pm: REFLUX





Il faut que jeunesse se passe et que social se meuve, me disais-je, renonçant à poster un commentaire moqueur ça et là car il est inutile, cruel et présomptueux de se moquer, pensais-je.

Et cette nuit, encore j'avais fait ce rêve qu'un appartement oublié me revenait soudain en mémoire dont j'étais propriétaire sans pouvoir me rappeler depuis quand, ni comment, ni à la suite de quoi, ni par quel moyen. Toujours était-il que j'en possédais les clefs. Bien qu'il fût douteux que j'en fusse demeuré le propriétaire, le temps passant, le monde allant.

Et puis il y avait cette liste qu'il m'était demandé, au sein d'une commission, de produire. Une short-list de dix noms dont il était convenu - quoique secrètement - que le dixième nom devait être celui de notre homme (mais c'était peut-être une femme, c'était certainement une femme).
Il était impératif que son nom figurât à ladite liste, comme autant impératif il était qu'il en fût le dixième, en position d'outsider et - pour ainsi dire - assuré d'une défaite préméditée.
Et cette femme chantait son programme, me souvient-il soudain, encore.

Par ailleurs, j'avais hérité de l'étrange pouvoir de diriger mentalement les gens à distance. Mais la jouissance de ce pouvoir s'accompagnait d'une grande culpabilité car comment en user sans porter atteinte à ceux sur lesquels ce pouvoir se déployait ? Et depuis quelle distance, depuis quel surplomb, quelle position de sagesse ? Bref, je me contentais de mettre des enfants turbulents hors d'état de nuire.

Et aussi, c'était l'été qui repartait de plus loin pour mieux revenir.
Le vent, le soleil et les embruns sur la plage de Saint-Malo.
On revient.
On reflue.
On prend courage.
On reprend forme.

Toute voile dehors.

Mine de rien, c'est déjà un sacré pas en avant à ce stade.



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