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Christophe Atabekian

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juillet 8e, 2019

06:26 pm: TERRE BRÛLÉE AU VENT DES LANDES DE PIERRES


C'est un peu comme dans un cauchemar dystopique à la Black Mirror.
Les deux filles ne cessent de chanter cette chanson de Michel Sardou depuis le début des vacances.
Au début c'est sympathique mais cela finit bientôt par porter sur les nerfs.
Et l'intégrale Disney.
Le Roi Lion en boucle.
Inquiétante étrangeté.

J'avais essayé de lire quelques pages de La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq, mais j'étais revenu à Philipp Roth.
Le nihilisme mondain est un travers français que j'ai du mal à supporter, avec le temps, avais-je pensé.
Ce n'était pas idiot, pas trop mal écrit. C'était documenté, il y avait du travail mais un travail de désaffection, de déliaison, de mise à distance.
Etait-ce désaffecté ou affecté, vraiment,  je ne saurais dire, m'étais-je dit. Comment savoir ? Sans projeter, pas possible et projeter hors de question, m'étais-je dit.
Désaffecté pour éviter d'être affecté ? Peut-être, avais-je hasardé.
Mais à quoi bon ?
Tout cela se bornait finalement à constater que l'argent était la seule chose qui compte, avais-je pensé.
Peu ou prou, m'étais-je dit.
Et c'est tout.
C'était un peu radin, m'étais-je dit.
Mais j'étais sans doute injuste et je pense qu'il ne peut rien se dire ou s'écrire de bon dès lors qu'il s'agit de goût ou de parti pris.
Donc, j'avais posé le livre, sans vouloir en penser plus de mal.

Je préfère tout de même la bonne vieille générosité psychologique à l'américaine, avais-je continué, revenant à La Tache.
Il me faudrait  sans doute une voie tierce, m'étais-je dit.
Une tierce voix.
J'hésite à revenir tout bonnement à la troisième saison de Stranger Things, mais autant ne manger que du chocolat, m'étais-je dit.
Nous avons besoin, d'autres nourritures.
Et puis tout cela inquiète inutilement.
Cela trouble le sommeil.

Besoin de paix.
La paix des Gallois ou celle des rois d'Angleterre…

juillet 7e, 2019

11:21 am: À L'OMBRE DES EAUX DU LAC TRANQUILLE


Quelqu'un a vidé l'eau du lac du Praz, mainternant c'est un cratère. Étrange vision. Poussière, poussière.
Poussière dans les gonflables.
On préfèrera s'élever vers le petit plan, entre Moriond et dix huit cent cinquante.
Assis à l'ombre, dans la brise du dimanche matin d'après la pluie, j'écris pendant que les filles tirent à l'arc, roulent en quad, marchent sur l'eau dans des bulles de plastique, etc.
Il fait frais, enfin.
Le nez pique toujours un peu, mais j'ai décidé de me passer d'anti-histaminique hier soir, ce qui m'a permis de me réveiller tôt sans fatigue excessive.

Les frelons asiatiques bourdonnent, les mouches agacent, toutes sortes de coléoptères jouent des ailes dans les abats-jours.
Tout est calme, trop calme.
Quelque chose m'angoisse au réveil et je ne sais pas ce que c'est, c'est le propre de l'angoisse.
Sans doute rien, l'idée d'avoir négligé quelque chose.
De l'avoir tant négligé qu'on a oublié ce que c'était.
Et que l'on a oublié que l'on a oublié.

Avant de partir, on était allés, avec R., écouter Y.-N.G. lire un texte de Michel Houellenecq, Rester Vivant, dans un café, le Pas si loin à Pantin. Je me dis qu'Y.-N. est comme Louis Jouvet, par exemple. Pas de naturalisme: il se compose une voix et une posture qui mettent à distance son corps documentaire. Au point que, lorsqu'il dit à une dame qui se trouvait là avec sa fille un peu trop jeune pour se voir infliger un tel texte, "je crois que vous devriez sortir", ces paroles sont prononcées avec une autorité inouie qui provoquent leur exécution immédiate, dans l'ordre et sans discussion. C'est ainsi que parle la loi. Toute pure. C'est beau. Et de temps en temps, ce que j'ai appelé le corps documentaire, mettons le corps familier, fait une timide apparition, dans un sourire, une paupière qui bat, comme pour adoucir les bords du cadre, rire de soi, rire du sérieux que l'on a de soi, sans moquerie et ouvrir à l'après, raccorder l'instant rituel au mouvement du Monde et des vivants. Se souvenir que l'on est vivant, que l'on doit rester vivant et c'est le titre même. Il ne s'agit plus de savoir si l'on est d'accord ou pas d'accord avec le texte, en tant que texte, mais de s'ouvrir à une contemplation qui pourrait être celle d'un lac ou d'un lustre de cristal. L'on contemple, l'on est ensemble au temple. L'on est un pour un instant et on revient à soi, au vent, au soir, à la nuit.

On a aimé les grimaces de Brian Cranston (M. White) dans Breaking Bad, avant de se coucher pour se lever à cinq heures du matin, l'heure à laquelle Michel Serres se sent plus intelligent, pour prendre la voiture (un pot de yoghourt signé Fiat) et sortir de la capitale avant six heures du matin avec deux fillettes endormies à l'arrière.

Et maintenant nous sommes aux alpages.
Le vent fait battre les parasols, les filles évoluent sur le lac dans des bulles de plastique.
J'entends des sploushes et des splashes dans mon dos.

juin 27e, 2019

10:34 am: VIOLENCE EN RÉUNION


Un soir à Lille, dans le soleil de juin.
Ca faisait longtemps. C'était une ville oubliée. C'était une ville reléguée.
Y déboucher est une surprise. La retrouver là, tout bonnement.
S'y raccorder.
Reprendre le métro. Porte de Valenciennes, Porte de Douai, Porte d'Arras.
Raccorder les places, les rues, la lumière, les numéros, les portes.

Avec O., on va boire des bières au Triporteur, pendant que M. rejoint ses amies.
On y croise R., un sac sur l'épaule, au bout d'un bâton, on dirait un berger.
Retour d'Athènes.
On y croise M., qui rentre chez elle et qu'on invite pour un verre avant d'aller dîner.
Je reconnais cette ville. Cette ville me reconnaît.
On a donné un coup de frais, un coup de peinture, un coup de briques noires.
Il y a aussi ce drôle d'immeuble avec sa double verrière qui pointe comme d'un nez la contreplongée totale panoramique sur la cuisine suréquipée.
Ca s'embourgeoise dans le sud de Lille.
On retape, on ravale.
On croirait d'un trompe l'œil, les fausses fenêtres.
Sont-ce des bureaux à venir ? Des habitations ?
Une certaine densité, pas trop verticale.
Cinq étages.
Les pallissades.
Le désamiantage.

On va manger des lasagnes végétariennes et boire encore un peu de vin blanc.
O. s'occupe de la substance-temps. D'une perception quantique du temps et des rythmes.
Du rythme comme principe d'accentuation, de tempo qui ne cesse de glisser, d'intervalles microtonaux.
Il fait beau et frais.
À Dunkerque, il faisait même vraiment froid.
D. était parti s'acheter un pull à la pause.

O. me prête des livres mais je les oublie ce matin, la tête en vrac.
Il était allé chercher des pains au chocolat.
On rit dans la lumière, dans l'avenir sombre.
On rit des requins.
Pour ne pas pleurer.

Ce sont deux jours de réunion.
Hier à Dunkerque, aujourd'hui à Tourcoing.
La ville se présente debout d'une pièce, dans une bouffée de marée. C'est le marché.
Des arbres ont poussé autour des fontaines.
Les réunions m'en rappellent d'anciennes.
Un peu trop de monde assis sur juste le bon nombre de chaises autour de tables trop longues.
À 10h33, nous en sommes au premier point.

juin 22e, 2019

12:42 pm: MACROSOMIE COLLAPSOLOGIE


Et puis soudain la météo vous annonce des températures de quarante degrés et vous vous préparez au pire.
Il va falloir faire de l'ombre, du frais, réduire les mouvements.
Vivre tôt, vivre tard, se terrer.
Préparer des glaçons.

Ca ne durera que quelques jours, dit-on.
Bon, ce n'est rien.
Beaucoup de rendez-vous, en ce moment. Beaucoup, beaucoup.
Donc, il faut tout de même bouger un peu, se déplacer un peu.

Les transports en commun sont des lieux hostiles en période caniculaire.
Le vélo n'est plus praticable à Paris, en raison de la pollution.
Anti-histaminiques en continu depuis un mois.
Marcher, si possible et peut-être bientôt avec un masque.

On boycotte les produits chinois.
Ca a un prix.
Tout devient plus cher.

On passe de KIABI à Petit Bateau.

juin 20e, 2019

09:10 pm: WAITING FOR THE MAN


J'attends des nouvelles, ça me rend nerveux.
J'attends de l'argent, aussi. Il me faut de l'argent.
Très vite. Beaucoup.
La banque m'a appelé.
Ils s'inquiètent. Ca m'inquiète qu'ils s'inquiètent.
Il n'y a pas de quoi s'inquiéter.
On est en vie. On est en bonne santé. C'est pas la guerre. Les enfants vont à l'école. Il y a du soleil dans le ciel.
Les oiseaux chantent.
Bref.
Tout va bien. On attend l'argent.
On attend des nouvelles.
Mais tout va bien.
Tout va bien se passer.
- Et moi ? Et moi ? - dit une petite fille pendue à mon bras.
- Allons regarder cette série.
- Sérieux ?
- Ben oui…

juin 12e, 2019

02:50 pm: ÉTERNEL DÉPART


Immédiatement, il cessa de s’intéresser à la question du bonheur. D’abord, parce qu’il faisait froid et ensuite parce qu’il était sorti insuffisamment couvert.

Il avait commandé une lentille de rechange pour l'appareil photo de son téléphone portable, avec un kit de réparation, le tout en ligne, en quelques minutes, tranquillement assis dans l'espace de Co-working de la rue Grenetta, en attendant que les filles aient terminé leur cours de modelage.

Il avait choisi de parler de lui à la troisième personne. Ou plutôt, il n'avait pas choisi: il ne s'agissait plus de lui. Il y avait plusieurs référents à ce "il" à ce "lui". Cela passait d'un "il", qui était lui, à un autre, qui ne l'était pas, ou plus ou pas encore. Par exemple, lorsqu'il pleut ou bien lorsqu'il faut. Si je dis qu'il est telle heure, ce n'est pas de lui que je parle et "je", c'est peut-être lui, justement.

Le mois de juin est froid, se rappela-t-il. Le mois de juin est généralement froid et pluvieux.
Le mois de mai est froid aussi. Avril est souvent suffoquant.
D’où, sans doute le proverbe: Il ne faut pas se découvrir d’un fil parce que justement, le mois d’avril étant suffoquant, se découvrir est tentant.

Le problème, c’est que les mois de mai et de juin, qui suivent, sont généralement glaciaux. Pour ne pas dire arctiques, se dit-il.  À quelques éclaircies près. "Fais ce qu’il te plaît" doit-être entendu comme un conseil ironique, se dit-il. Fais bien comme tu veux, se dit-il.

Lorsqu’il fait douze degrés, rien ne t’empêche de te balader en maillot de bain, évidemment. Rien, sinon ton propre bon sens, s'était il dit.

Bien sûr,  il y avait le père de L., par exemple, qui, tous les jours de l’année, qu’il vente, grêle, neige ou fasse beau, portait la même chemise de bûcheron, assez largement ouverte au col, manches relevées jusqu’aux coudes, se dit-il. Et je ne me souviens pas l’avoir vu, ne fut-ce qu’une seconde, esquisser la moindre grimace, en aucune circonstance, pas même lors des plus terribles froids, se dit-il.

Mais c'était une exception.

Il y avait ce moment décisif où l'on quittait les chaussures fermées pour les sandales, où l'on cessait de mettre des chaussettes. Et ce moment reculait de plus en plus tard. Nous étions en juin - en juin bien frappé - et chaussettes dans chaussures fermées demeuraient de rigueur.

Il était allé voir, avec R., le dernier film d'A.C. hier soir et en sortant, vers vingt deux heures trentes, il faisait froid et humide. Le film n'était ni gai ni triste mais il y était question de mort, essentiellement. Et la journée n'avait pas été facile non plus. Il y avait eu des épisodes, des déconvenues, des inquiétudes, des motifs d'angoisse mais il n'était pas homme à se laisser abattre pour si peu.

En rentrant, ils se préparèrent des fusili complètes biologiques à l'arrabiata, R. ayant attrapé un poivron rouge à l'étal de l'épicerie en bas.

À l'instant encore, il pleut.


Puis juillet sera chaud et souvent couvert. Août tiède et pluvieux. Septembre médiocre. Octobre certainement assez beau et chaud et la chaleur durera peut-être jusqu’à mi-novembre. Ensuite, décembre sera vraisemblablement tiède et pluvieux. Janvier maussade et modérément froid. Février assez froid avec du beau temps. Mars  glacial avec quelques beaux moments et hop, l’on se retrouvera en avril et sa canicule.

Une longue et morne saison. Tiède et humide, avec quelques coups de vent.



juin 11e, 2019

08:43 am: NOTE POUR PLUS TARD PEUT-ÊTRE


On ne les voit pas toujours entrer dans le métro ou dans le bus. Ils se matérialisent soudain devant vous. S’intercalent entre vous et le plan que vous êtes en train de consulter. Semblent volontairement vous empêcher de lire. Suivent vos mouvement comme en vertu d’un automatisme. Ils ne paraissent jamais vous accorder un regard et vous maintiennent strictement dans la limite périphérique de leur champ de vision, aux abords de la patate oculaire. Ils ont l’œil morne, la lèvre épaisse et tombante et ne peuvent entièrement se départir d’un sourire triste qui brise la symétrie de leur figure.

Ils s’affaissent suivant cette ligne de faille. Ils glissent lentement le long d’une barre ou d’un siège qu’ils étreignent fermement, bien que sans force. Ils glissent et se rattrapent d’un même mouvement, épousant la vague. Ils ne cessent de glisser, de se rattraper, de sourire, de vous maintenir en limite de champ. D’épouser comme par automatisme le moindre de vos mouvements pour vous empêcher de lire le plan, la carte, d’échanger des regards ou même de vous regarder dans la vitre noire, le miroir sombre.

Vous ressentez de l’hostilité. Un flux massif d’hostilité. Mais comment savoir si celui-ci se constitue contre vous en particulier et non pas plutôt de manière globale,  indifférenciée, et tout aussi bien à l’égard de n’importe qui, à cet instant, se trouverait précisément assis à votre place -si vous êtes assis, debout à votre place - si vous êtes debout ?

Vous vous dîtes que c’est ridicule. Que cet être inerte n’a aucune raison de vous manifester de l’hostilité. Ne peut à raison vous en vouloir d’être. Et pourtant c’est ce que vous ressentez clairement, sans erreur.  Il ou elle vous en veut d’être. Pas seulement d’être là. D’être, tout court. D’exister. Cette hostilité demeure passive et ne se manifeste concrètement que par les mouvements automatiques de ce  corps dont vous vous demandez bientôt s’il s’agit d’une réalité objective ou d’une hallucination. Et le plus grave c’est que cette hostilité commence à vous gagner. Qu’il ne s’en faudrait pas de beaucoup pour que vous mettiez, à votre tour, à concevoir, à l’égard de ce corps penché, une forme d’hostilité muette et aigüe.

Ce corps et le flux supposé d’hostilité qu’il vous manifeste n’ont pourtant pas de réelle importance à vos yeux. Vous les aurez oublié en quittant ce moyen de transport transitoire. Leur souvenir se dissoudra dans le bruit, la puanteur, la chaleur, les mouvements, la torpeur ou le stress de cette translation quotidienne.

Pourtant, alors que vous marcherez dans les couloirs, traînant impatiemment derrière d’autres corps trop lents, dolents ou indolents, vous reviendront en mémoire certains détails. Le rouge d’une capuche. Un froncement de sourcils. L’arc oblique d’un regard. Ces images vous poursuivront avec cette question: à quoi les inertes opposent-ils leur inertie ? Ou encore: à quoi les résistants opposent-ils leur résistance ?

Vous vous demanderez si ce corps, qui a poursuivi le trajet alors que vous le quittiez, aura reporté sur un autre l’hostilité qu’il vous destinait. Et serez vous bien sûr que cette hostilité, non seulement vous était destinée, mais était bien vraiment de l’hostilité au juste ? N’était-ce pas seulement, peut-être, de l’indifférence ? N’étiez vous pas tout simplement transparent à ces yeux vagues, à ces lèvres pendantes, à cette silhouette molle ? N’étiez vous pas seulement inexistant à ces yeux-là ? Et, partant, en vertu de cette tendance excessive à l’empathie qui vous caractérise, n’étiez vous pas, en cet instant, indifférent à vous-même, hostile à votre propre inexistence ?

Vous n’y pensez pas longtemps, mais peut-être pourtant assez, pour le noter quelque part, dans un coin de votre mémoire. Et peut-être reviendra-t-il en rêve, cet inerte ? Cet inerte et ses semblables.



juin 9e, 2019

10:53 pm: JE NE SAIS PLUS TROP QUOI


J'en voulais beaucoup à la Chine pour le trafic d'organe des prisonniers politiques et autres soi-disant dissidents, ouigours, etc.
Dire que je lui en voulais beaucoup est une litote.
Je vomissais la Chine, je hurlais la Chine, je pleurais la Chine, je fulminais la Chine.
Et ça lui faisait une belle jambe.
Et le Monde continuait de tourner et les ordures cyniques à découper les hommes vivants en pièces détachées. Et d'autres ordures cyniques de les acheter pour se les faire greffer. Et d'autres ordures cyniques de fermer les yeux pour ne pas compromettre le bon déroulement des flux d'import / export.
Tremblements d'effroi.
Entre autres.
Là c'était la Chine, mais il y avait d'autres exemples.
On trouvait facilement d'autres exemples.
Je ne vais pas me mettre à chercher d'autres exemples, parce qu'on ne dormirait plus.

Alors je n'arrivais plus à penser à autre chose. C'était paralysant.
C'était à ne plus vouloir en être, de cette espèce dite humaine.
C'était à ne plus vouloir avoir commerce avec.
Mais comment faire ?

Alors j'y pense et puis j'oublie.
Et la caméra de mon téléphone est cassée.

mai 29e, 2019

08:55 pm: FOUND IN TRANSLATION


Il pleut, puis il fait beau. Il fait chaud, puis il fait froid.
C'est comme ça. On ne sait plus comment s'habiller, madame.
On ne sait plus.
On traverse le parc des Guilands avec N. en sortant du mixage hier vers 18h30.

J'étais content parce que les 30 dB qui me manquaient dans le caisson de basse étaient en réalité dus à un défaut de sensibilité de mon sonomètre en dessous de 125 Hz. Ce qui revient à dire que le caisson va bien, que la puissance est bonne, que la pression acoustique est là et que ce sonomètre doit être remplacé séance tenante.

Dès que j'aurai un centime à mettre devant l'autre.
Pour l'instant, ça va.
Et puis, un jour, il me faudra un bon préampli micro.
Et puis ensuite ce sera du luxe.
Ou de la mise à jour.

Je parle matos soudain, c'est curieux, me dis-je.

Et donc, comme j'arrivais à Gallieni, voilà que bro m'écrit: "je suis là dans cinq minutes".
Sauf que je n'y suis plus.
Alors j'y retourne, avec le 122.
Et c'est reparti jusqu'à 21h30 à enregistrer et éditer la voix de C. pour la version anglaise du teaser de DATA 2.
Après, direction le bouillon Julien où le niveau d'ambiance avoisine les 80 dB.
On ne s'entend pas à moins de hurler d'un côté à l'autre de la table.
P. parle. J'attrape des mots, sans pouvoir reconstituer toute la trame.
Il est question de tatouages, je crois.

Nous mangeons des saucisses et de la purée. C. a pris du bouillon.
Au dessert, c'est mousse au chocolat pour P. et moi. Blanc manger pour C.
Avec une bouteille de Croze Hermitage 2016.
Bro nous invite.
C'est chic.
Dans le métro, il est question de la barbarie du système "parcours sup".
De technique et d'anxiété.
Et puis à Riquet on splite.

Avec R., on regarde le dernier épisode de la dernière saison de Treme et puis il est deux heures du matin et c'est malin.

A midi, on avait pris le plat du jour au restaurant Coréen de la Mairie de Montreuil.
Bulgogui au porc.
Très bon.
On a bien avancé avec N. On mixe nos vingt minutes par jour. Sans concessions.
On reprend jeudi matin 9h30.

mai 23e, 2019

04:25 pm: LE SUJET N'EXISTE PAS


Ou plutôt, le sujet n'est pas un sujet, me disais-je.
Le sujet est objet de son objet et l'objet est sans intention.
Le monde n'est ni l'effet d'une volonté ni celui d'une représentation.
Le monde est aveugle contingence, rage impuissante, écueil silencieux.

Ils aiment leur colère, ils aiment à s'indigner.
Ils trouvent de la grandeur et de la dignité à s'indigner. Trouvent de la grandeur à rêver de grandeur.
Ils aiment donner leur avis. Ils aiment avoir raison. Alors il n'y a plus de raison, me dis-je.
Faut qu'ça saigne, il disait, faut qu'ça saigne et qu'y faire ?
Ils aiment donner des leçons, ils aiment détester. Ils adorent détester. La haine est leur nourriture.
Ils ont peur, ils sont tristes, me dis-je.
Ils sont tout petits et cela les terrifie, me dis-je.

Ca sent le poubelle, ça sent l'ordure, me dis-je, à l'instant, écrivant dans la salle du restaurant des Bancs Publics.
Et toute cette rue sent l'ordure.
Et toute la ville sent l'ordure.
Il y a de l'ordure dans l'air.
L'ordure persiste, s'étend.
Cela pue, me dis-je.
Cela pue, cela va puer tant et plus. Il faut s'y faire.
Et il n'y a nulle part où aller, me dis-je.
Les portes se ferment.
L'univers se replie.
Il fait noir.

Bon, avec tout ça, il est seize heure vingt cinq et j'ai rendez-vous à la demie.
Il faut se bouger, comme on dit.
Prendre des mesures.
Prendre la mesure des événements.
Et cultiver son jardin.

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