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Christophe Atabekian

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juillet 29e, 2016

01:14 pm: NARBONNE





On s'est installé tous les trois, avec Y. et C., dans un petit deux-pièces au centre de la ville, dans une impasse tranquille, à deux pas de la mairie, du marché et du Palais de Justice. Ici, c'est l'été, vraiment, enfin. On oublie comme c'est tout de suite l'été dans le sud.
Chaleur et indolence fournissent un arrière-plan propice aux méditations et aux retours sur soi. En ce moment, ça passe par la relecture des articles de Serge Daney et ce que ses prédictions émises au début des années 1990 rencontrent - ou pas - comme vérifications aujourd'hui.
N. et D. sont dans les préparatifs de leur mariage, motif de notre présence ici, et il va y avoir quelque chose comme vingt ou trente enfants. Déjà avec quatre c'est joyeux.
Lecture, somnolence, terrasses de cafés à l'ombre, plage en fin de journée, dîners sur la terrasse de N. et D. avec toute la smala.
Un univers majoritairement féminin: quatre fillettes, trois mamans, une grand-mère et deux papas. J'aime bien.
Cauchemars cette nuit.
La chaleur.
On met des prises anti-moustiques.
Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de Y. Suis allé commandé des gâteaux puis j'ai laissé C. avec les autres filles pour les récupérer en fin d'après-midi, direction la plage.
Le vent est tombé. Peut-être que la mer sera un peu moins froide que ces derniers jours ?



juillet 26e, 2016

06:32 pm: CRÉER UN PARTI DE LA RÉFORME DES INSTITUTIONS





Ce matin, on prend le 47 jusqu'à Place d'Italie, on récupère les lunettes de C. - la petite chez C. - la grande, qui nous présente ses derniers travaux et c'est beau.
On s'extasie juste ce qu'il faut avant d'aller se détendre au Parc de Choisy.
J'ai le nez qui coule. Rhume des foins interminable.
C. veut des sashimis au saumon, encore.
J'essaye de la persuader d'essayer un petit restau vietnamien ou un thaï ou un cambodgien mais c'est sahimi, sashimi, sashimi…
Alors on finit par trouver un restaurant japonais tenu par des chinois.
Sashimis, brochettes.
On attrape le bus et on arrive vers 13h à la maison.
A. vient faire le ménage pour la dernière fois avant les vacances.
Y. a rendez-vous en lointaine banlieue et va prendre un train.

Avec C., une fois A. partie, on va flamber à la canopée.

On invente une chanson pour l'occasion:

Dans mon canapé
Un avocat nappé
Sous la canopée


Mais avant, pendant que C. regarde des dessins animés débiles avec des licornes hystériques et que j'essaye désespérément de passer le niveau 697 de Candy Crush Soda, je rumine l'idée qu'il n'y a qu'une seule chose à faire: créer un parti politique et aller à la castagne.

Je recopie en vrac différents commentaires postés dans cet esprit:

Chez P.M., à propos de l'attentat perpétré aujourd'hui dans une église de la banlieue de Rouen:

On rattrape notre retard sur l'Amérique, comme d'habitude. Columbine c'était en 1999. Les motivations externes, les alibis ne sont pas les mêmes mais ce ne sont que des alibis (Daesh, le djihad, etc).

Les ratés tabassés de la vie issus de l'immigration magrhébine bénéficient actuellement d'une pseudo-justification morale dans la revendication du colonialisme passé et du racisme présent qui facilitent (avec une bonne dose de captagon et de lavage de cerveau) le passage à l'acte. Dans les années 70, c'étaient les gauchistes, avec Action Directe, les Brigades Rouges, etc.

Donc c'est en travaillant sur la fabrication sociale, culturelle et politique de la violence au sein de nos sociétés que l'on peut lutter.

Le problème, me semble-t-il, c'est la prise de responsabilité et l'avénement d'une véritable démocratie, fondée sur une prise en charge plus régulière de l'action politique au niveau local par les citoyens. Il y a une grande réforme des institutions à mettre en œuvre et puis en finir avec une certaine "identité française" faite d'un mélange de monarchisme et d'anarchisme révolutionnaire. Mais a-t-on encore le temps et les moyens de passer à l'âge adulte où sommes nous sur le bord d'une époque Trump-Le Pen-Erdogan-Poutine ?

Tout cela m'amène à poster ensuite le statut suivant, en forme de manifeste et d'appel aux âmes bien nées:

De plus en plus pénétré de l'idée qu'il ne peut être question de lutter contre les violences sociale, culturelle, politique et économique que par un engagement massif, régulier et responsable des citoyens à l'échelle locale, une meilleure articulation des instances de pilotages et des modes de représentation, la mise en œuvre réelle d'une véritable politique de décentralisation, l'abandon total du cumul des mandats et une dé-professionnalisation au moins partielle de l'activité politique au profit d'une plus grande ouverture au monde, à la société civile et à la réflexion.

Convaincu qu'un tel projet ne peut se mener qu'en redonnant force, vigueur et portée symbolique aux institutions, qu'en formulant un projet politique manifestant une vision à long terme à toutes les échelles, en particulier européenne et internationale, je propose la création d'un Parti de la Réforme des Institutions et me tiens prêt à participer à tout débat dans ce sens, ainsi évidemment, qu'à mettre à contribution d'un tel projet l'ensemble des réseaux, compétences et domaines d'expertises qui sont les miens.


Maintenant que la chose est dite, reste à la faire.

Bon, ensuite, ruminant cela et checkant toutes les cinq minutes les commentaires survenant à ce post, nous sommes donc retourné consommer comme des malades avec C.
Bains moussants parfumés chez Sephora, accessoires et vêtements chez Muji, un coup de clef à la trottinette chez Go Sport.

On va encore manger des pâtes sans beurre pendant quinze jours.

Ruines du jour:

Sashimis et brochettes: 29,50 €
Sephora: 15,90 €
Muji: 81,86 €
Chacun ses goûts (glaces): 16,75 €

juillet 25e, 2016

05:05 pm: PRENDRE L'ATTACHE





C'est formidable les notaires.
J'ai mis en relation mon notaire et celui du promoteur immobilier.
Les documents vont circuler. On va pouvoir évaluer, négocier, pinailler, garantir nos intérêts, nos droits…
Je demande à ce qu'on évalue la pertinence de mon intention d'achat. Je demande à ce qu'on me démontre que j'ai raison de vouloir acheter ce local professionnel et je suis prêt à entendre que je me trompe - il est encore temps - mais je veux du solide, de l'argumenté, de l'étayé.
Maintenant, on peut partir pour Narbonne le cœur léger.

Et d'ailleurs, à ce propos, ce matin j'avais rendez-vous avec I.H., avec qui Life Design prépare un événement en septembre à La Malterie de Lille et, puisqu'elle résidait pour quelques jours dans le deuxième arrondissement, j'avais trouvé ce petit bistrot à brunch du quartier Montorgueil, le Matamata Coffee, 58 rue d'Argoult.
On s'y retrouve à 10h.

C. m'accompagne en rollers.

La veille on avait oublié - et donc perdu - sa trottinette aux caisses de l'UGC Ciné Cité des Halles, en allant voir "L'âge de Glace n°12".
Sur le chemin, nous marchons derrière deux femmes et une petite fille et quelque chose me dit qu'elles vont au même endroit que nous.
Bingo, on les retrouve au café.

J'avais chopé l'occurrence de "Narbonne" dans leurs échanges et tout-à-trac je lance: "vous revenez de Narbonne ?". S'ensuit une conversation nourrie et la naissance d'une amitié entre les deux fillettes. On prend les coordonnées de J. et de sa maman avec promesse de se revoir.
Pendant ce temps discussion avec I., qui est adorable et en pleine phase avec Life Design. On papote en buvant des cafés et en s'empiffrant de cookies et de cake provençal.

Éloge de la description. Les hommes livres de Farenheit 451. De l'intérêt d'une démocratie de proximité fondée sur le modèle de la Justice. Des niveaux de responsabilités et d'expertise. De l'horreur de l'identité. Des grands espaces de la campagne. De la croyance en l'enseignement. De l'argent, du temps et de la Liberté. Du professionnalisme en matière d'art et de culture. De la domination comme seul horizon libidinal.

Vers 12h30 on se quitte et, avant de rentrer, on passe chez Go Sport remplacer la trottinette perdue. Par chance, elles sont en solde.
Encore une course chez Franprix et back home.

Steak tartare aller-retour pour C. Deux tranches de gigots et baked-beans pour moi. Y. s'était goinfrée de soupe miso et chipote dans la casserole de haricots.
Café, brève prise de tête immobilière, courriers aux notaires, puis sortie post-prandiale et essais de trottinette. On se prend une glace au yoghourt pour la route.
Quelques tours de fontaine, trois gouttes de pluie, on rentre.

Je reprends les comptes de campagne, parce que le principe de réalité ça a du bon.

Café, gâteaux: 14,60 €
Trottinette: 34,90 €
Courses: 17,50 €
Glaces: 12,10 €
Filé à M.: 2,00 €



juillet 24e, 2016

09:19 pm: OBSTINATION ET DÉSINVOLTURE





Sur cette photo de Thelma et Swann-Louise, dans le jardin de P.M. chez qui nous faisions halte, avec C. au début de nos vacances-éclair (du 11 au 22 juillet).
Séjour exquis, plein d'amitié, de chaleur et de bonnes choses à manger et à boire.
Trop court, parce qu'on doit ensuite passer chez C.M. à Change et que C. est impatiente de "gagner la Nouva", comme elle dit, et de n'en plus bouger, sauf pour aller au lac.

Au réveil il faut vite se rassembler.
Et il y a cette envie de se laisser dégouliner.
Mais il faut se rassembler.
Ne pas se répandre.
Ne pas de déprendre.
Ne pas laisser s’en aller, disparaître les rêves.
Les mots, les images. Les vrais. Les premiers. Les primordiaux.
Retenir, réunir, rassembler.
Dans le creux des mains.
Se concentrer.
Bénéficier du silence.
Passer sur la fatigue, la paresse, l’envie de replonger.

On oublie comme c'est épuisant, la famille.
Passer ces quelques jours à la montagne, entre mère, tante, sœur, cousins, neveux, ça vide l'esprit et on s'emplit le corps de nourriture, d'alcool et de soleil en attendant que ça passe. D'où un long silence.
Mais les enfants sont contents d'être ensemble et c'est tout ce qui compte.
Et c'est l'occasion de relire au hasard des petits bouts de "Liaisons dangereuses", de "Princesse de Clèves" ou de "Lettres Persanes" au bord du lac de Carouge, à Saint Pierre d'Albigny, dont les abords évoquent furieusement les paysages impressionnistes des bords de Marne au XIXe siècle.

Seule ombre au tableau: pas de pédalos cette année. Le prestataire a démonté sa baraque. C'est moins drôle, moins paradisiaque, mais c'est toujours bien.





Ces livres qui restent dans les bibliothèques des maisons et qu'on n'ouvrirait jamais sans cette torpeur. On les emporte trois fois dans le panier sans y toucher et puis d'un hop on plonge et on ne lâche plus.
Sinon je découvre, en pratiquant les tests futiles qui émaillent Facebook, qu'il y a une manière particulière de conjuguer l'obstination et la désinvolture qui pourrait bien me servir de stratégie. Je garde ça en tâche de fond.
Journées agréables à Paris avec C. Inscription SACEM, visite du Palais de Tokyo, les films de Mika Rottenberg, manger des glaces, aller voir des dessins animés, se balader en trottinette, en rollers.

Visite du local de Montreuil avec Y. qui fait un esclandre: "tu fais une connerie, tu ne vas pas acheter un truc pareil…". Je suis furieux et je vais voir "Pires voisins n°2" pour me remettre. C'est assez efficace, quoique plutôt effrayant s'agissant des évolutions en cours dans la société américaine. Ensuite j'ignore tous les appels et je pars picoler toute la soirée au bord du quai de Seine avec P.G. avant de rentrer méditer le reste de la nuit sur le canapé du salon, dans la fournaise estivale et les clameurs de ce samedi de juillet.

Le promoteur m'a écrit très inquiet, je lui réponds que j'ai toujours l'intention d'acheter et qu'il ne faut pas tenir compte de la réaction désagréable de Y. Obstination, désinvolture. Ce qui me soutient c'est que C. voit tout de suite le côté joyeux, positif, créatif, du projet. Un atelier, un local partagé, des lopins de terre, une terrasse sur le toit, un hamac bientôt, des instruments de musique et de quoi enregistrer.



juillet 7e, 2016

05:51 pm: IN THE POCKET





On s'était retrouvé à 9h station Pyramides, pour le petit déjeuner avec P.G.
Cette fois, je n'avais pas de sac, rien pour écrire.
Je devais ensuite assister à 10h30 à l'office funèbre de R.D. à Saint Roch. Je m'étais dit, je ne sais pas pourquoi, pas de sac à dos dans une église. Simplifier la silhouette. Gravité et tristesse de la situation.
Il ne fallait pas en plus ramener ses petites affaires là-dedans, m'étais-je dit.

C'était intimidant. En bas des marches, H.D. attendait, mais elle ne savait plus quoi ni qui exactement et moi je ne savais pas quoi dire ni quoi faire alors après être resté quelques instants les bras ballants, je gravis les marches, vais embrasser les amis et m'asseoir au troisième rang.

Les églises c'est toujours étrange.
C'est comme au tribunal. On vous demande de vous lever, de vous asseoir. Il y a des gestes et des mots rituels, qu'on choisit de dire ou de ne pas dire, de faire ou de ne pas faire.
C'est parce qu'il y a tout ce cérémonial que c'est bien. Je veux dire, c'est nécessaire. Il faut y mettre les formes sinon la mort c'est terriblement abrupte et inepte.
Même sans religion, il faut un cérémonial.

Déjà les mecs des pompes funèbres -on dirait les brigades du tigre avec leurs moustaches- ont cette qualité graphique, presque caricaturale.

Je vois le pauvre U. qui serre les dents. Pour lui, l'église c'est d'une violence terrible. Je sais comme la religion est une chose horrible à ses yeux. Je le comprends. Moi non plus je n'aime pas ça alors je regarde les ors du plafond, les reliefs des alcôves, les fausses perspectives, les vrais et les faux marbres. Les enfants de chœur. L'un des deux est plutôt un adolescent de chœur. On dirait que c'est le chef. On se croirait chez Buñuel.

Le curé signale que les deux enfants de chœurs c'est en hommage à R., qui fut enfant de chœur lui aussi. Ils sont comme investis d'un rôle. Ils ne chantent pas mais ils tiennent un rôle. C'est de la peinture, du théâtre. Je laisse les trucs de résurrection, de rachat, de pardon et de notre père qui nous juge et qui nous aime me glisser dessus, le nez au plafond. Après, les discours sont magnifiques et émouvants. Surtout celui d'H., qui énumère plein de petites anecdotes de vie, faisant littéralement vivre R. sous nos yeux.

On se faufile autour du cercueil. J'évite le goupillon.

Je sors. Je rentre. A pied. Cagnard.

Je mange fissa. Y. appelle. Je réserve une bagnole de location pour les deux semaines à venir, histoire d'emmener C. un peu en vacances.

J'y retourne.
Père Lachaise.
Et là, je suis en retard.

C'était à 14h30 et il est 14h45.
Je vois des gens, mais je ne connais personne. J'essaye de demander des informations à l'accueil du colombarium mais il y a plein de gens qui pleurent et dont les questions ont l'air plus urgentes que les miennes. Je ne veux pas emmerder H. alors j'envoie un texto à U. pour dire que je vais prendre un café plus loin. Mais U. n'a probablement pas consulté son téléphone. Je vais prendre un café. J'attends 15h30. Je ne vois sortir personne de connaissance.

C'est très étrange. Je me demande si je suis bien là. Si c'est bien aujourd'hui.
Deux cafés et je rentre.

Le soleil tape. Je suis trop habillé. Je m'effondre et je dors une heure.

Je pense à R. qui zappe d'une chaîne à l'autre en disant "s'il y a un mec avec un flingue sur une chaîne, il faut que je tombe sur un mec qui se prend la balle sur une autre". Qui se réveille la nuit pour demander "tu dors, imbécile ?". Qui dit "in the pocket" en feignant de glisser quelque chose dans sa poche, qui entre dans les boutiques en déclarant de sa voix d'acteur "Je suis le diaaaable!".

juillet 6e, 2016

10:32 am: IN MEDIA RES





Il avait d'abord été question de prendre ce petit-déjeuner à neuf heures au Holy Belly, 19 rue Lucien Sampaix mais, arrivés sur place à l'heure dite, force nous fut de constater que l'endroit se trouvait fermé le mercredi. Nous décidâmes de nous replier vers la rue de Bretagne, après une rapide et infructueuse incartade en direction du canal.

Et finalement, c'est sur la place de la République, dans le vacarme, que nous nous sommes arrêtés.

La statue est maculée de tags et un pédiluve à été ingénieusement pensé pour rafraîchir un été qui, hélas, n'en a pas besoin.

Splendeur institutionnelle du vide. Cette place, plus que toute autre à Paris, incarne et ce vide et cette splendeur, avec force. Parce qu'elle est réellement vide. Et pourtant bruyante, assourdissante au point que l'on y expérimente une particularité sismique de l'espace temps.

Évidemment, il est hors de question d'y travailler (quoique). Et, puisque l'on s'était donné comme objectif de trouver un endroit calme et hospitalier à l'écriture, une fois avalés cafés croissants et jus de fruits, nous dirigeâmes nos pas vers la rue de Bretagne.
Quand on a dit quelque chose, il vaut mieux s'y tenir.

Et là, deux terrasses: l'une ensoleillée, à droite, propice au farniente, l'une à l'ombre, à gauche, invitant au travail. Nous optons pour le soleil, à la terrasse du Sancerre, mais nous replions rapidement à l'intérieur pour écrire (puisqu'aussi bien c'était là notre objectif initial).

Finalement, c'est comme la télé quand nous étions enfants, Facebook. Tout le monde y lit et y voit la même chose. Les mêmes posts, les mêmes news, les mêmes fragments de mémoire. Après une phase de diversification, où chacun allait puiser et ramener à l'écot commun les perles glanées, c'est maintenant le règne de l'algorithme laminaire.

Et aussi, la remontée de l'expression massive de la bêtise, qui rend insupportable la présence de l'autre, la promiscuité de sa connerie viscérale. Une telle situation porte, paradoxalement, à adhérer à n'importe quoi du moment que ce n'importe quoi mette fin au bruit. Si c'était une stratégie, elle serait impeccable. Mais ce n'est qu'une logique de marché et de concentration.

En marchant, il est question de l'affaiblissement des institutions comme source de l'amplification du bruit de fond. Et de l'impact en retour de ce bruit de fond sur les institutions, qui s'en trouvent encore affaiblies, d'être ainsi piétinées par l'expression aveugle de la bêtise.
Mais tout cela, me dis-je, c'est encore du bruit. Je veux dire, on ne peut pas débarquer là-dedans avec de gros sabots.

Tout cela invite au retrait, à la distance, à la prise d'air, à l'immersion dans la durée.
Tout cela appelle au mouvement vers les cimes, les forêts, les océans, les vallées.



juin 17e, 2016

09:40 am: MATCH NUL (LES INTENTIONS NE COMPTENT PAS)





Mais vraiment nul.
Coincé, bloqué, verrouillé.
C'était Allemagne-Pologne, mais ça n'a aucune importance. Ce qui compte ce n'est même pas le match. Ce qui compte c'est qu'il soit nul. Pour une fois qu'un adjectif compte. Même s'il ne compte que jusqu'à zéro.
Au débat: des hauts, des bas.
Un peu comme la situation. La crispation. La stase.
J'en suis à pinailler sur des signes typographiques.

Journée de peu. Texte à finir pour un projet d'école internationale, un peu de logistique et puis coup de fil de T., qui est au café à l'angle de Rambuteau et de Beaubourg.
Je la rejoins et on papote et je grignote un croque-madame, merci monsieur et on boit du Perrier, le temps qu'il soit 16h25 et alors on se lève et on va chercher C. à l'école.
Là, on tombe sur E., qui, lourdement atteint de grippe, se frotte les yeux.
Voyant T., il dit qu'il a vu les jeux parus dans "Paris-Mômes" et s'en va dans le hall en quérir un exemplaire.
C. nous rejoint. On choppe un "Paris-Mômes" aussi et, avant de rentrer, on passe chez Pralus. Encore une Praluline. Les Pralulines auront ma peau.
Un thé. On écoute des trucs. On joue avec Mynoise. C. remplit les cases des jeux de T. dans "Paris-Mômes".
Puis il est temps que T. parte pour sa lecture à la librairie des femmes (c'est rue Jacob, dit-on). Bain et on sort manger de la pizza avant de remonter.
Des mails, on zone.
C'est bientôt l'heure du match nul.
Y. rentre d'Aix.
On mange de la pastèque.
Le match, sur l'ordi.
A la mi-temps, coucouche-panier comme dirait l'autre.

[En ce moment les gens (je dis les gens pour aller vite, mais ce sont souvent des amis proches ou moins proches), les gens, donc, sont à cran.
Ce matin, je me disais "bon, Facebook, ça suffit, je ferme" mais n'y a-t-il pas des échanges qu'on ne peut avoir que là ?
Question: ai-je besoin de ces échanges ? A quel rythme ?]

Ici j'ai fait un trou assez gros. Ainsi court le récit. Ainsi se tuilent le récit et ses scories, ses didascalies, ses notes, ses commentaires.

Je reprends le récit d'hier. Pourquoi ? Peu importe. Les intentions ne comptent pas. C'est très important ça. Les motivations, les intentions ne comptent pas dans le jugement du fait. Motivations et intentions n'ont d'intérêt que dans l'évaluation prospective des rapports de forces. Elles s'effacent devant le fait.

Lecture de "Mortelle-Adèle", volume offert par T.
Ils sont désagréables chez C.
"Ils se la pètent", me dit T.
Et c'est vrai.
Je n'irai plus. Ou le moins possible.
Fini le saucisson.
Ce matin il n'y a rien pour le petit déjeuner.
Il faut que j'aille faire des courses.
À onze heures j'ai rendez-vous à la banque pour ouvrir un compte professionnel.

juin 9e, 2016

06:42 pm: UN ASCENSEUR SANS BOUTONS





On habitait au vingt-quatrième étage d'un truc qui tenait à la fois du Palace et du grand magasin chic. Mais l'ascenseur ne possédait pas de tableau de bord. On trouvait bien un ou deux boutons, mais c'était une alarme et un gros bouton noir qui pouvait aussi bien ne servir à rien.
J'interpelle le groom, tout droit sorti du "Dernier des Hommes" de Murnau.
- Il n'y a pas de bouton dans cet ascenseur ?
- Comment ça, pas de bouton ? Et ça ? Et ça ?
Il désigne le bouton d'alarme et le méchant bouton noir.
- Vous plaisantez ? Comment me rendre au vingt-quatrième avec ça ?
Il se gratte la tête et appelle le central.
- Qu'est-ce que c'est que ce bordel dans l'ascenseur, l'entends-je s'exclamer, qui a retiré les boutons ?

Je n'attends pas d'en entendre plus et je monte à pied.

À l'étage supérieur, c'est à dire au rez-de-chaussée, il y a une sorte de fête commerciale, qui ressemble à une réunion tupperware pour jeunes gens de la bonne société.
Jeunes hommes et jeunes femmes en uniformes, partageant - extatiques - leurs expériences d'achats.
Charriots de petits fours se frayant des trajectoires folles, au risque de me renverser.
Ruée aux ascenseurs et à cet étage il y en a plusieurs et ils possèdent des boutons.
Que croire ?

Petit déjeuner.
Café, 100 g de mimolette vieille, 15g de beurre, deux galettes de riz au sarrasin.
On joue à Dobble avec C. une fois qu'on s'est raconté nos rêves.
Il fait trop froid. Elle est sortie vêtue d'une simple robe d'été et frime sur sa trottinette, comme si c'était une Harley.
J'avais dû rentrer précipitamment du Nord à cause d'une erreur de mixage.
Le film numéro un était sorti en quadriphonie et non en 5.1 comme il se doit.
Ce matin, rendez-vous sur le plateau d'exposition pour un bounce réparateur.
C'est beau de voir l'image gigantesque dans son format de projection réel, après avoir travaillé sur des timbres-Poste jusqu'ici.
On termine tôt.
Après-midi administratif. Des mails, essentiellement.
Je vais chercher C. à 16h30. On va acheter une Praluline pour le goûter.
Vers 17h, un saut chez Pelleas, pour le vernissage de R.O.
Ce sont des photos stéréoscopiques. Incroyable comme les clichés pris en Inde ont l'air de dater d'un siècle. Elles raccordent avec les photos de tournage du "Temps retrouvé".
Sur celles du Vietnam, on voit davantage qu'on a affaire à des corps contemporains.
Les signes sont subtils.
La façon de poser un pied sur la margelle d'une fontaine.
Le revers d'un jean.
Je ne sais pas.
Il y a de la mangue fraîche et bien mûre. On tape dedans sans se gêner, C., Y. et moi.
On est mal élevé dans cette famille.
Bonjour, au-revoir, on rentre.
À côté, il y a un bar à chats.
C. veut prendre un bain moussant, Y. et moi on "travaille" un peu encore.
Rendez-vous tout à l'heure avec G.C. pour parler de projets éditoriaux.
Remis un disque ce matin à la librairie "Les Cahiers de Colette".
J'espérais pouvoir y faire une lecture des audio-descriptions mais C. ne me laisse même pas terminer ma phrase: "pas de musique ici".
Pourtant, je pouvais même me passer de musique, mais quand les objections viennent du cœur, il ne faut pas forcer.
Déjeuner: 200g de steak dans l'onglet, une boîte de haricots blancs à la tomate.
La Praluline au goûter, c'est une folie.
Boire davantage d'eau.
P. m'a fait rire avec son idée pour contrôler l'hygiène du cabinet de toilettes des bureaux de la Géode.
Quelqu'un y avait scotché une affiche imprimée avec un texte du genre "Veuillez laisser ces lieux…etc." mais rédigée avec une certaine hargne, pas mal d'emphase ("Il est impensable que…"). Et P. d'imaginer un dispositif astucieux qui prendrait une photo des toilettes au moment de l'ouverture de la porte et une autre photo à sa fermeture, l'ouverture de la porte nécessitant l'emploi d'un badge nominatif. Du coup, plus possible de saloper anonymement les toilettes.
Je réfléchis à un livre qui s'appellerait "dispositifs" et décrirait un certain nombre d'installations fictives, destinées à répondre à des problématiques concrètes rencontrées en telle ou telle occasion semblable à celle-ci.

juin 4e, 2016

03:57 pm: DINOSAURE GONFLABLE


FOR NO ONE





« Je n’y suis pour personne, dit-elle, pour personne…
- À qui le dites vous ? - demande la voix, l’autre voix, autrefois amie, autrefois aimée.
- À vous, grand sot, mais pour vous je n’y suis pas plus. »

Elle avait fermé la porte dans un grand rire.
Elle avait dit: « je veux pleurer » et elle avait ri.
Elle n’avait pas seulement cherché à donner le change, se sentant seule - même en la présence de l’être autrefois aimé, hier encore peut-être, il y a un instant.
Allait-il s’en mortifier ou s’en trouver grandi ?
Il décida de s’en étonner, ne pouvant faire autrement.

Les yeux noirs et vides, encore comme toujours.
Les grands yeux riant d’une noirceur vide. Maintenant ils ne voient plus rien, ne peuvent plus rien voir d’autre que le pâle reflet de son propre visage, éclairé à demi par le jour mourant, dans le miroir terne et l’humide désordre de la buanderie.
Drôle d’idée, cette buanderie. Hors saison.
Mais ces deux là ne sont pas d’ici.
Ils sont d’une espèce qui parcourt rêveusement la carte du Tendre et bat du pied au clavecin.
Ils sont d’une trempe contrapuntique.
Cadence parfaite. Marche harmonique.

Seules les dents, comme perles, étincellent dans la semi-obscurité, danse de lueurs autonomes.
Sourire qui est d’un collier pour les yeux noirs derrière la cascade des cheveux.
Qui est d’un diadème pour la silhouette drapée d’une simple serviette de bain mais on aurait dit d’une toge. Main crispée au nœud juste sous l’épaule saillante dans le rai bleuté.
Le ronronnement des machines, les perles de buées aux carreaux irréguliers, l’oiseau derrière la branche, le ciel penché, la lune déjà, au-delà l’étang et puis plus rien, le monde.
Elle écarte une mèche des longs cheveux roux et avance dans ce désordre, dans ce brouillard.
Il fait chaud.
Il règne - oui - une moiteur tropicale dans cette buanderie obscure où seule elle s’est enfermée.
On tambourine à la porte.
On tambourine du bout des doigts. On tapote à la porte comme d’un tambour du bout des doigts.
Et la machine à laver de rouler tambour car voici le cycle d’essorage.
La voix amie, derrière la porte, de l’autre côté, semble prête à s’élever de nouveau.

Elle chante, la voix, un chant d’amour pour personne de même que ne pleure pour personne la splendeur des yeux noirs et vides dans l’ouvert de l’espace. Elle rappelle à l’aimée - car elle demeure l’aimée- la promesse des ans, la promesse des âges et de la main tendue, serrée, caressée.
Elle, déjà presque buée, presque vapeur.
Il dit: « souvenez vous, nous étions alors comme branches d’un même arbre, doigts d’une même main, pétales d’une même fleur».
Un battement d’ailes dans les combles. Battement synchrone avec le mouvement des longs cils transparents. Colombe, corbeau, hibou, comment savoir ?
Il dit encore: « souvenez-vous, vous m’aviez dit: prenez ma main ».
La silhouette n’a presque plus corps. N’a plus voix.

Il ne peut ignorer, lui derrière la porte, l’absence manifeste, ne peut feindre de se croire entendu. C’est pour personne, bien sûr, à personne qu’il s’adresse.
Derrière la porte, il glisse contre la paroi, au pied du mur.
Derrière la porte, c’est un couloir sans jour, sous le nimbe glacé des néons.
« Vous m’aviez dit dit: venez, poursuit-il, vous m’aviez dit: ne dites rien et je n’ai rien dit, je suis venu. »
La voix n’est pas recroquevillée, elle est pleine, ouverte, entière, lumière.
Elle ne semble pas s’élever du corps qui s’est affaissé au pied du mur.
Elle semble provenir de tous points de l’espace.
Lui-même surpris de s’entendre.

« Vous m’aviez dit: promenons nous au jardin et allons nous asseoir près de cette source et il y avait eu une source et vous étiez la source, aujourd’hui tarie. »
La buanderie témoigne hors de tout regard de la disparition désormais acquise du corps aux yeux noirs, aux dents étincelantes, aux cheveux roux. Le corps s’est progressivement et décidément dématérialisé et la pièce, à présent tout à fait sombre - le jour étant tombé - s’est emplie de cette absence.

Cela n’empêche pas la voix de poursuivre, ne décourage pas son effort d’évocation.
« Vous m’aviez dit: prenez ces fruits et semez ces semences et m’aviez indiqué le lieu où les mettre en terre. Puis vous m’aviez dit que ces arbres à venir seraient pour nous l’aune et la mesure. Aujourd’hui des arbrisseaux sont venus mais ne peuvent prétendre mesurer les ans. Personne ne se penche dans le jardin pour ramasser les fruits mûrs. Rien n’indique plus le lieu de culture ni l’emplacement de la source. Le vent souffle tristement sur la terre et personne n’adresse de signes vers le ciel. »

Dans le couloir, il se lève. Ombre qui précède l’ombre, il s’est levé, non comme se lève le jour mais comme tombe la nuit. Tout en se levant il tombe et son élévation est en réalité une chute, tout comme sa dissipation - son évaporation à elle - était en réalité une apparition. Ces deux là évoluaient, on vient de le comprendre, sur un plan inversé. Ce qui est inversé n’est pas incompréhensible, il suffit de le retourner et de transformer en bosses les creux. Le malentendu n’en est pas moins total et le mal vu mal dit. Tout cela, c’est lui-même qui se le dit, c’est depuis cet anti-plan qu’il redresse la situation, qu’il prend la distance. Cela n’efface pas les yeux, n’efface pas les traces, les larmes, pour personne. Larmes d’encre, larmes de sang. Il se dit: « il faut en finir » et à cela il sait que tout est fini.

Cette fois ce n’est plus le crépuscule, c’est l’aurore. Il est seul. Abandonné par même l’idée de l’absence.
Il n’y a plus de buanderie. Les portes n’ouvrent que sur des plages battues par les vents.
Il n’y a pas encore de peuple, pas encore d’Histoire.
Cela viendra, est venu, reparti, revenu.
Lui, il guette, il veille.
Elle n’était pas celle qu’il attendait. Tant pis. Il attendra encore.
Il veillera sur le jardin.
Il y aura de nouvelles sources.
Tout est bon.

Il voudrait terminer ainsi. Dire « tout est bon » mais tout n’est pas bon. Tout ne peut être bon, même si beaucoup peut-être bon. Il doit y avoir du mal, il faut qu’il y ait du mal pour qu’il puisse être dit qu’il y a du bon.
Il reste tout un jour et toute une nuit assis au pied du mur, concentré sur cette idée.

mai 26e, 2016

12:24 pm: PRÉCIPITAMMENT





Ca se précise.
Rendez-vous décisif lundi matin pour l'achat du local de Montreuil. Je visite encore deux ou trois appartements, histoire de vérifier que j'ai bien raison de faire ce choix là.
Ca urge pour la déclaration contrôlée. C'est à dire que j'ai un mois de retard.
Avec la Maison des Artistes, c'est mieux, c'est deux ans de retard que j'ai.
Et, à l'école, c'est le coup de feu.
Donc ça se précipite.
Globalement.
Je regarde des tutoriels et des tutoriels pour savoir à quoi m'en tenir, en terme d'isolation phonique, etc. Il va y en avoir pour bonbon en travaux, je le sens.
Là j'ai dû sur le pouce aller chopper une Motu Ultralite Mk3 d'occase pour aller travailler au mixage en 4.1 à la Cité des Sciences.
Pour l'instant, on s'est mis à regarder les chauffe-eau solaires.
Tempêtes sous nos crânes.

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